Un état des lieux de nos stations de montagne pyrénéennes ; une révolution culturelle du monde du tourisme…

Depuis la crise financière mondiale en 2008, les États se sont trouvés en position d’assainir leurs équilibres budgétaires et de réduire leurs endettements.

Ce contrôle des déficits publics a appelé les efforts de tous, dont les collectivités locales, qui, depuis quelques années, constatent des baisses des dotations de l’État dans des proportions souvent importantes. Cet effort sera sans doute poursuivi afin d’atténuer notre dette nationale et les risques qu’elle engendre pour nos économies.

Dans ce contexte, nombre d’entreprises publiques ont vu leurs fragiles équilibres remis en cause, alors que leurs collectivités de rattachement n’étaient plus en mesure d’honorer des engagements historiques. Au delà de ces cas particuliers, c’est bien l’économie de filières entières qui est remise en cause ; et parmi celles-ci, les stations de ski Pyrénéennes, aux actifs imposants, figurent en bonne place.

Nos stations Pyrénéennes présentent certaines caractéristiques qui leur sont communes :

  • un parc d’hébergement présentant des faiblesses ; les logements touristiques et l’hôtellerie ne correspondent souvent plus aux attentes des visiteurs.
  • Les remontées mécaniques des stations de ski sont vieillissantes, contrairement au parc des stations andorranes ou espagnoles, nos voisines et concurrentes.
  • Leurs domaines skiables sont morcelés.

Elles bénéficient cependant d’atouts indéniables :

  • les activités proposées annoncent l’ère de la diversification : le bien-être est un maître-mot des stations : thermo ludisme, après-ski…
  • et les Pyrénées jouissent d’une grande notoriété : naturalité, simplicité et valeurs fortes.

En conclusion, nos 25 stations pyrénéennes ont globalement connu une baisse de fréquentation de près de 10 % sur les dix dernières années. Elles affichent de nombreuses faiblesses et peu de diversification, tant en ce qui concerne les activités que la saisonnalité…
Notons enfin que les 7 plus grosses stations pèsent 73 % du chiffre d’affaire des stations de la chaîne Française.

Nos 22 stations thermales d’Occitanie cumulent environ 2 millions de journées thermales pour 6 millions de nuitées. Elles ont entamé un très important travail de diversification, proposant des établissements thermo ludiques et de bien-être.

Les territoires évoluent. Les attentes habituelles de nos visiteurs, dont le ressourcement, le repos et la rencontre, aujourd’hui conjuguées au changement climatique et aux nouveaux modèles et usages sociaux nous ouvrent de nouvelles opportunités.Les évolutions de nos sociétés, chaque jour plus urbaines, souvent au sein de mégalopoles,  d’un rapport à l’espace et à la nature éloigné et à la proportion de foyers monoparentaux plus importante, induisent aujourd’hui un très fort besoin de rupture et une quête de valeurs et de racines.

Cette année 2020, notre planète accueillera plus de 1,5 milliards de touristes, dont 90 millions en France. En France, l’économie générée représente déjà plus de 7 % du revenu national.

Nos territoires font actuellement face à de forts enjeux pour leur avenir dont le rajeunissement de clientèles de plus en plus internationales dans un contexte de réchauffement climatique.
Ces points imposent de repenser nos modèles et nos offres, notamment sur les quatre champs suivants :

  • la qualité de nos hébergements,
  • la sécurisation de nos offres touristiques, dont le ski,
  • la modernisation des équipements, notamment des espaces publics,
  • la différenciation des activités, pour que nos destinations soient complémentaires avant d’être concurrentes.

Nos domaines skiables doivent donc mieux se positionner, moderniser leurs installations, conforter leurs ressources, dont leurs enneigements, moderniser leurs modes de commercialisation, intelligence artificielle ou paiement à l’utilisation, et privilégier la gestion environnementale, une attente unanime des pratiquants ! Les collectivités doivent améliorer les déplacements, de l’aéroport, de la gare, depuis les villes ou les autres provenances, et la mobilité sur le territoire pour les populations hébergées, permanentes, saisonnières ou touristiques.
Les activités et services proposés doivent être plus variés et « toutes saisons » : pistes de ski ludiques, thermo ludisme, bien-être, cyclo, rando, itinérance, gastronomie… les hébergements doivent se diversifier, se renouveler, monter en gamme, élargir le spectre de leurs clientèles… notre promotion et nos mises en marché se fonderont sur la marque « Pyrénées », évitant les concurrences internes et privilégiant les moyens digitaux.

La gouvernance et l’organisation de nos stations doivent évoluer : elles sont actuellement trop locales et relèvent de principes institutionnels et administratifs. Leur économie est tendue et souvent critique.

Les départements des Pyrénées se sont donc attachés à leur venir en aide tout au long de ces derniers mois pour offrir de meilleures garanties à leurs créanciers. Ainsi, des initiatives locales sont nées, telles la SAVASEM et la gestion déléguée des stations ariègeoises, l’EPSA et la gestion départementalisée des stations des Pyrénées-Atlantiques, la SAEM N’Py et les services communs des stations actionnaires, ou la toute récente faîtière des Pyrénées-Orientales.

Sur les Hautes-Pyrénées, qui héberge un grand nombre de stations, certaines de belle dimension, mais pour la plupart en difficulté, aucune solution n’est proposée par manque de moyen. Beaucoup sont en situation précaire, une situation aggravée par les résultats de la dernière saison. Seules Piau-Engaly et Cauterets en sortent sans grand dommage.

En fin 2018, notre département et la communauté N’Py décidaient conjointement du lancement d’une étude chargée d’imaginer des solutions. Elle fut confiée à la Compagnie des Alpes qui a rendu ses conclusions cet été.

Parallèlement,  la région Occitanie menait également une réflexion confiée à deux spécialistes bien connus du milieu, Protourisme et Dianeige. Mme Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie, nous a présenté fin juin dernier les premières grandes lignes de son « plan montagne » en faveur des stations de montagne :

  • la création d’une agence « Pyrénées » englobant la Confédération Pyrénéenne du Tourisme, l’association fédérant les stations Pyrénéennes, l’ADEPFO, un organisme de formation, et le CIDAP, une association œuvrant pour la réduction de la fracture numérique sur la chaîne.Cette nouvelle agence sera chargée de la marque « Pyrénées », de l’animation du « réseau Pyrénéen » et des divers observatoires. Outre les partenaires historiques, dont les Régions Pyrénéennes et les stations de ski fondatrices de la Confédération Pyrénéenne du Tourisme, nous y trouverons désormais également l’État et les départements de la chaîne.
  • La « compagnie des Nouvelles Pyrénées » est appelée à devenir un nouvel opérateur à l’échelle du massif pyrénéen, constitué en société à capital majoritairement publique, chargé d’abonder le capital des stations désormais gérées par des sociétés (SAS -société par actions simplifiée-, SEM -société d’économie mixte- ou SEMOP -société d’économie mixte à opération unique-) dont les actionnaires majoritaires, et donc décisionnaires, resteront cependant les collectivités historiques des domaines skiables.
    Cette compagnie des Pyrénées est capitalisée par la Banque des Territoires (ou Caisse des Dépôts) à hauteur de 30%, la Région Occitanie à 30%, des collectivités historiques pour 30%, d’autres partenaires (principalement des banques dont la banque des Territoires, le Crédit Agricole ou la caisse d’épargne, certaines stations ou EDF) pour 10%.

La compagnie des Pyrénées est dotée de filiales : 

Une SAS « participations », elle-même capitalisée, outre par la compagnie des Pyrénées, par la banque des Territoires et la région Occitanie. Sa mission est une prise de participation dans les sociétés délégataires de l’exploitation des stations aux côté des collectivités délégantes, gestionnaires historiques des stations de ski et de montagne. Ce montage permettra donc aux Régions, à la Caisse des dépôts et aux banques traditionnelles de prendre indirectement part au capital des stations. Le taux de participation permettra la constitution d’un capital de l’ordre de 20 à 30 % des investissements contractuellement prévus. Ce montage laisse cependant la gouvernance des stations aux collectivités historiques.

Une filiale « commercialisation », détentrice de la marque Nouvelle Pyrénées, et également chargée de déployer de nouveaux services en stations. 
Dans un très proche avenir une filiale « SAS Foncière » chargée d’adapter l’offre d’hébergements touristiques dans les stations où cela est nécessaire.
Le schéma suivant donne une vue de la nouvelle organisation et des participations. Notons que la région Nouvelle-Aquitaine et que les départements de la chaîne Pyrénéenne sont prochainement attendus aux côtés de l’Occitanie.

L’objectif du montage est de redonner aux stations la capacité d’investir qui leur fait tant défaut aujourd’hui et de redonner confiance aux banques, des partenaires très attendus en soutien des projets.

  • La mise à disposition des stations d’un fonds d’intervention tourisme abondé par la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour les deux prochaines années et dotée de 120 M€. Ce fonds prêtera en « second rang » aux stations, en complément des prêts traditionnels des banques de détail et des subventions abondées par les partenaires. Ces prêts pourront représenter de 25 à 40% des montants de projets.
    Ces prêts sont dits « subordonnés », c’est à dire appelables après les prêts traditionnels en cas de défaillance de l’emprunteur. Ils constituent donc une garantie supplémentaire pour les banques traditionnelles.
  • La mise en place d’une « foncière » chargée de dynamiser le secteur de l’hébergement touristique.
    En effet, la remise en marché des nombreux logements touristiques, qui ne correspondent plus aux standards actuels des marchés touristiques, appelle beaucoup d’efforts, notamment financiers, pour leurs propriétaires. La foncière pourra les accompagner lors de la remise aux normes du parc.

De plus, certaines filières ne répondent plus aux attentes. Notre hôtellerie répond parfaitement aux besoins du marché en 2 ou 3 étoiles. Nous constatons cependant que certaines clientèles recherchent aujourd’hui une offre correspondant au standards 4, voire 5 étoiles ; que nous ne répondons pas aux jeunes urbains qui attendent plutôt une offre de type « auberge de jeunesse », et que les hébergements innovants, par exemple des cabanes dans les arbres, répondent à une demande grandissante.
Par ailleurs, les communes ou communautés de communes touristiques ont l’obligation d’héberger les travailleurs saisonniers. C’est une récente obligation de la loi que la foncière pourra accompagner.

  • Les refuges seront pris en compte au travers d’un fonds « refuges » qui apportera des subventions régionales aux porteurs de projets.
  • Enfin, le thermalisme ne sera pas en reste. Outre les « PASS » qui permettent déjà aux stations thermales de bénéficier d’une participation régionale aux études, un « Contrat de Développement et Innovation » leur sera proposé pour soutenir l’investissement des stations, en lien avec le fonds d’intervention tourisme.
    Un réseau de développeurs thermaux sera aussi constitué, comme cela avait déjà été réalisé pour les stations de ski il y a quelques années !

L’ensemble de ces mesures a été voté par le conseil régional en début juillet dernier, et les toutes premières stations, dont le Tourmalet près de chez nous, sont actuellement en cours de délégation à une société.

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